Étude

Kédochim – La Tsédaka du cœur

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même… » Vayikra (19 ; 18)

Le Rambam rapporte1: « Chaque personne est tenue d’aimer, comme elle s’aime elle-même, chacun des membres du peuple Juif, comme il est écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » ».

D’après le Séfer Ha’hinoukh2 et le Séfer Hamitsvot3, ce commandement est inclus dans les 613 Mitsvot.

Nos sages demandent : « Comment peut-on ordonner un sentiment ? »

-C’est notre état d’esprit et nos comportements qui inspireront nos sentiments d’amour. Par exemple, la générosité, faire la Tsédaka ne doit pas seulement se limiter aux dons d’argent.

Malheureusement de nos jours, nous oublions les choses essentielles de la vie, à savoir : une écoute, un sourire, une attention, une main tendue, un service rendu… Une minute de notre temps peut procurer beaucoup de bien-être à autrui. Nous devons donc tout d’abord apprendre à comprendre les autres afin de remplir notre obligation de ‘Hessed : les observer, nous mettre à leur place, et nous demander comment les aider lorsqu’ils en ont besoin. L’écoute par exemple, est une Tsédaka du cœur, car elle nécessite un don de soi total.

On retrouve cette notion dans les initiales du Chéma Israël-Écoute Israël- qui forment le mot shaï, signifiant cadeau ou don en hébreu. C’est parce que je l’écoute que l’autre existe.

La Guémara4 nous enseigne que sauver un homme équivaut à sauver l’humanité entière. Nous avons une responsabilité à la fois individuelle et collective en tant que Juifs. Nous devons nous sentir concernés par le sort de l’autre. Chaque fois que mon prochain est dans le besoin et qu’il ressent la nécessité d’être aidé, physiquement ou moralement, il est une Mitsva de lui venir en aide.

Il faut savoir qu’en ce qui concerne de nombreuses actions de ‘hessed, il ne faut pas attendre que l’autre soit dans l’obligation de demander. C’est une position gênante et désagréable en effet, qui engendre souvent que la personne préférera souffrir ou subir, plutôt que de faire appel aux services d’autrui.

Le Pélé Yoets recommande : « Que toute personne essaie de faire son maximum pour le ‘Hessed. Peu ou beaucoup, l’essentiel étant de faire. Voici une mitsva de la Torah facile à réaliser, regardez, il suffit d’ouvrir sa porte à ceux qui en ont besoin, de prêter son balai, de dire bonjour, de confectionner un gâteau, etc ! »

C’est de cette manière, parce que tous ces actes et comportements influenceront notre état d’esprit, que nos sentiments feront pencher notre cœur du bon côté. Mais il nous reste encore à savoir comment est-il possible d’éprouver le même degré d’amour pour autrui que pour soi-même, pour un grand Tsadik que pour un simple Juif ?

Le Yérouchalmi nous enseigne que si un homme, en coupant sa viande avec la main droite, fait maladroitement déraper son couteau sur sa main gauche et la coupe, il ne lui viendrait pas à l’idée de couper sa main droite avec sa main gauche pour se venger !

Tout le peuple Juif est considéré comme un seul corps par Hachem notre Créateur. C’est ainsi que pour Rabbi Akiva, l’amour du prochain est beaucoup plus qu’une simple obligation de la Torah, il s’agit de l’un de ses grands principes, dont chacun des commandements émane.

Il faut étudier les lois de ‘Hessed et s’imprégner de leur profondeur et ce, au même titre que les lois du Chabbat ou de la Cacherout. On a souvent tendance à penser que le mot «’Hessed» a pour synonyme « gentillesse », mais sa signification est bien plus profonde. C’est en fait un acte de bonté qui s’accomplit sans aucun intérêt personnel.

Rabbi Yo’hanan Ben Zakaï sortait de Yérouchalaïm et Rabbi Yéochoua le suivait. Voyant le Beth HaMikdach détruit, il s’écria alors : « Malheur à nous : cet endroit qui permettait le pardon de nos fautes est détruit ! » « N’aie crainte mon fils, répondit Rabbi Yo’hanan, nous avons encore une autre chose équivalente : « Guemilout ‘Hassadim. »

La Guémara5 nous rapporte que le ‘Hessed fait partie des vertus dont on touche l’intérêt dans ce monde-ci, et dont le capital est réservé pour le monde à venir.

En  conclusion, rappelons que nos Sages nous enseignent : « Plus grand est celui qui fait un sourire à son ami que celui qui lui donne du lait à boire.»

Autrement dit : il est vrai que nous avons le devoir et l’obligation de venir en aide à notre prochain lorsqu’il est dans le besoin ; mais être souriant, parler avec humour, rendre visite aux malades, consoler un endeuillé, etc, sont autant d’actes de générosité qui contribuent au bien-être quotidien de notre prochain, et créent harmonie et Chalom.

Et comme Rabbi Eli’ézer nous l’enseigne6, le fait de s’occuper de Torah et de pratiquer la Guemilouth ‘hassadim, c’est-à-dire le ‘Hessed, affaiblit ou évite les douleurs qui précédent la venue de Machia’h, qui nous l’espérons, se trouve déjà derrière la porte…

1Michné Torah Hilkhot Déot (6 ; 3)

2Mitsva 243

3Mitsva 206

4Baba Batra 11a

5Chabbat 127a

6Sanhédrin 98b

source : ovdhm, voir