De Gaulle : Derrière le mythe, la réalité d’un courage contesté
juin 12, 2026012
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Dans le roman national français, la figure du général de Gaulle occupe une place quasi sacrée. Célébré comme le “sauveur de la Nation”, l’homme du 18 Juin fait l’objet d’un consensus politique rare, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Pourtant, à y regarder de plus près, cette unanimité historique résiste mal à l’examen des faits. Et si l’image de l’homme providentiel masquait une réalité beaucoup plus nuancée, faite de calculs politiques, de renoncements et de ruptures diplomatiques majeures ?
L'exil londonien : Un courage à géométrie variable ?
L’acte fondateur du gaullisme se situe en 1940. Alors que la France s’effondre, de Gaulle s’envole pour Londres. La mémoire collective y voit un acte de bravoure absolu. Mais une lecture plus critique de l’Histoire invite à s’interroger : pendant que des millions de Français subissaient l’Occupation et que les premiers résistants de l’intérieur risquaient la torture et la mort sur le terrain, le Général, lui, était à l’abri outre-Manche.
Depuis les studios feutrés de la BBC, son action est restée essentiellement verbale pendant une grande partie du conflit. Sans armée réelle au départ, perçu avec méfiance par Winston Churchill et carrément méprisé par Franklin D. Roosevelt, de Gaulle a passé la guerre à asseoir sa propre légitimité politique plutôt qu’à mener des actions militaires d’envergure. Pour certains observateurs, ce choix s’apparente davantage à une mise à l’abri stratégique qu’à un acte d’héroïsme pur.
Le drame algérien : Le reniement d'une promesse
Le retour au pouvoir de de Gaulle en 1958, porté par la crise d’Alger, reste le moment le plus douloureux pour une partie de la population française. Aux partisans de l’Algérie française, venus l’acclamer, il lance son célèbre « Je vous ai compris ». Un cri du cœur perçu comme l’engagement absolu que la France ne quitterait jamais ces départements d’outre-Méditerranée.
La suite est connue : une volte-face historique. En négociant les accords d’Évian et en accordant l’indépendance à l’Algérie en 1962, le Général a, pour des centaines de milliers de Pieds-Noirs et de Harkis, commis une trahison pure et simple. Du jour au lendemain, des familles entières qui avaient cru en sa parole ont dû choisir entre « la valise ou le cercueil », abandonnées par l’État qui leur avait promis protection.
Le tournant diplomatique : Rupture avec Israël et prémices de la « politique arabe »
C’est peut-être sur le terrain international que la rupture a été la plus brutale. Jusqu’au milieu des années 1960, la France et Israël entretenaient une alliance technologique et militaire fusionnelle. Les avions Dassault et l’armement français constituaient le cœur de la défense de l’État hébreu. En interne, de Gaulle qualifiait même l’armée israélienne de « mon armée », tant la proximité était grande.
Tout bascule en 1967 avec la guerre des Six Jours. Contre toute attente, de Gaulle lâche son allié au pire moment, décrétant un embargo strict sur les armes à destination d’Israël — bloquant notamment des vedettes et des avions déjà payés. Pire, lors de sa conférence de presse du 27 novembre 1967, il prononce une phrase qui résonne encore aujourd’hui, qualifiant les Juifs de :
« peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ».
Cette déclaration, perçue comme un dérapage aux relents antisémites par ses détracteurs, marque l’acte de naissance de la doctrine dite de la « politique arabe de la France ». Pour des raisons purement géopolitiques et pétrolières, de Gaulle a amorcé un basculement diplomatique dont la France subit encore les tiraillements aujourd’hui.
Face au calcul gaullien, l'ombre de Napoléon
Si le courage politique et militaire se mesure à la capacité d’aller au front et de bousculer le destin de l’Europe les armes à la main, la comparaison avec d’autres figures de l’Histoire de France est inévitable.
À l’inverse de de Gaulle, qui gérait la guerre depuis l’arrière-garde londonienne ou les palais parisiens, un personnage comme Napoléon Bonaparte incarnait une tout autre idée de la hardiesse. Napoléon ne commandait pas ses troupes à distance ; il chargeait à leur tête sur les champs de bataille d’Arcole ou d’Austerlitz, partageant le quotidien et les risques de ses soldats. Pour les Français en quête d’une figure historique authentiquement audacieuse, n’ayant jamais hésité à risquer sa vie pour la grandeur de sa nation, le regard devrait peut-être se détacher de l’homme du 18 Juin pour se poser sur l’Empereur.
Le mythe gaullien, patiemment construit par l’intéressé lui-même à travers ses Mémoires, mérite d’être désacralisé. Derrière la statue du commandeur se cachait un homme pragmatique, souvent cynique, dont les choix ont laissé des blessures profondes et durables dans l’histoire contemporaine de la France.